Bullage de plan : définition, règles et automatisation
Le bullage de plan consiste à numéroter chaque caractéristique à contrôler d’une pièce — cote, tolérance, cadre GD&T, état de surface, note — par une bulle portée sur le plan. Ce numéro devient la clé commune entre le plan, la gamme de contrôle et le rapport : la bulle n° 12 sur le plan, c’est la ligne 12 du procès-verbal ou du rapport FAI.
C’est un travail sans gloire mais sans droit à l’erreur. Une caractéristique oubliée au bullage n’a pas de ligne dans le rapport, donc pas de mesure : le dossier est incomplet, et c’est souvent le donneur d’ordre qui s’en aperçoit. Ce guide reprend les questions que se posent réellement les services qualité, de la définition aux cas limites.
Qu’est-ce qu’un plan bullé ?
Un plan bullé est le plan de définition du client sur lequel on a ajouté, à côté de chaque exigence, un cercle numéroté. On parle aussi de plan de contrôle ou, en anglais, de ballooned drawing. Il ne modifie pas la définition : il la rend traçable.
| N° de bulle | Zone du plan | Exigence | Résultat |
|---|---|---|---|
| 1 | B2 | Ø 25 h7 | Valeur mesurée |
| 2 | B3 | 42 ± 0,1 | Valeur mesurée |
| 3 | C2 | ⌖ Ø 0,05 | A | B | Valeur mesurée |
| 4 | D1 | Ra 1,6 | Valeur mesurée |
Exemple illustratif. Le numéro de bulle porté sur le plan est repris tel quel dans le rapport (Form 3 de l’AS9102 / EN 9102).
La colonne « zone » renvoie au quadrillage du plan (A1, B2…). Elle permet de retrouver immédiatement la caractéristique sur une liasse A0 dense. Les formulaires de rapport FAI (AS9102 et EN 9102) prévoient d’ailleurs une colonne pour cette localisation, à côté du numéro de caractéristique.
Que faut-il buller ?
Le principe est simple : toute exigence de définition doit être tracée. En pratique, on bulle :
- les cotes dimensionnelles tolérancées : linéaires, diamètres, rayons, angles, y compris les ajustements ISO (H7, g6…) ;
- les tolérances géométriques (cadres GD&T selon ISO 1101 : planéité, perpendicularité, position, battement…), une bulle par cadre ;
- les états de surface (Ra, Rz) ;
- les notes qui imposent une exigence : tolérances générales (ISO 2768), marquage, ébavurage, traitement, protection ;
- les caractéristiques répétées (4 × Ø 6 H7) : soit une bulle par occurrence, soit une bulle avec des sous-numéros (12.1 à 12.4), selon la convention du client.
Les cotes de référence (entre parenthèses) sont en général exclues : ce sont des informations, pas des exigences. Là encore, la procédure du donneur d’ordre fait foi.
Faut-il buller le cartouche pour un FAI ?
C’est l’une des questions les plus fréquentes. Le cartouche et les notes générales portent des exigences réelles : matière, traitement thermique, tolérances générales, indice du plan. Elles doivent donc apparaître dans le dossier FAI, mais pas forcément au même endroit.
- Matière, procédés spéciaux et essais fonctionnels : justifiés dans le Form 2 du rapport (spécification, fournisseur, certificat).
- Tolérances générales et notes de fabrication : en général bullées, pour qu’une ligne du Form 3 atteste leur vérification.
- Identification de la pièce (référence, indice) : reprise dans le Form 1.
Le détail des trois formulaires fera l’objet d’un prochain article.
Comment numéroter les bulles ?
Il n’existe pas d’ordre imposé par la norme, mais quelques règles évitent la plupart des retours clients :
- Une numérotation continue, sans trou : le plus grand numéro correspond au nombre de lignes du rapport.
- Un sens de lecture constant : vue par vue, puis de gauche à droite et de haut en bas, pour qu’un contrôleur retrouve une bulle sans chercher.
- Une bulle par exigence, posée au plus près de la cote sans masquer les traits ni les valeurs.
- La zone du plan reportée dans le rapport pour chaque bulle.
Que faire des bulles quand le plan change d’indice ?
Un changement d’indice déclenche en général une FAI partielle (souvent appelée « delta FAI ») : on ne revérifie que les caractéristiques touchées par la modification. Pour que ce soit possible, la numérotation doit rester stable. La pratique la plus répandue :
- les caractéristiques inchangées gardent leur numéro ;
- les caractéristiques ajoutées reçoivent de nouveaux numéros, à la suite ;
- les numéros des caractéristiques supprimées ne sont pas réutilisés.
La norme ne fixe pas de règle de renumérotation : c’est la procédure du client qui tranche. Mais renuméroter tout le plan à chaque indice casse la traçabilité avec les rapports précédents, et c’est presque toujours une mauvaise idée.
Bullage manuel, lié à la CAO ou par IA ?
Trois approches coexistent dans les ateliers. Le bon choix dépend surtout de ce que vous recevez de vos clients : un fichier CAO natif, un PDF vectoriel, ou un scan.
Manuel
Plan PDF ou papier
Point fort : Aucun outil à déployer, contrôle total du technicien.
Limite : Compter 1 à 2 heures pour un plan A0 de 200 à 500 cotes, avec un risque d’oubli qui croît avec la fatigue.
Lié à la CAO
Modèle ou mise en plan natifs
Point fort : Exploite les cotes définies par le bureau d’études : très fiable quand on dispose du fichier natif.
Limite : Suppose d’avoir la CAO du client, ce qui est rarement le cas pour un sous-traitant qui reçoit un PDF.
Par IA (vision)
Tout PDF, y compris scanné
Point fort : Lit le plan comme un technicien : cotes, tolérances, cadres GD&T, états de surface.
Limite : Le résultat se valide : chaque cote proposée reste vérifiée par le contrôleur avant le rapport.
Pour un sous-traitant qui reçoit majoritairement des PDF, les outils liés à la CAO apportent peu : il leur manque la donnée d’origine.
Ce que fait notre logiciel de bullage

Nous avons développé un logiciel qui lit un plan PDF 2D par vision artificielle, propose une bulle sur chaque caractéristique et produit le procès-verbal de contrôle. Concrètement :
- extraction des cotes, tolérances, ajustements ISO, cadres GD&T et états de surface, avec un rappel visé d’au moins 95 % sur des plans denses ;
- bullage en moins de 10 minutes pour un plan A0 de 200 à 500 cotes, au lieu d’une à deux heures en manuel ;
- PV de contrôle calqué sur le Form 3 de l’AS9102 / EN 9102, en Excel et en PDF, avec le plan bullé ;
- un mode « plan vierge » pour buller à la main, sans IA, quand un plan ne doit pas être analysé automatiquement.
Ses limites, pour être complet : il traite des plans 2D (pas de modèle 3D) et un plan par projet. Le contrôleur garde la main sur chaque cote. Le déploiement et le modèle d’IA sont choisis avec vous, selon la sensibilité de vos plans.
Le plus simple pour juger un outil de bullage reste de le voir travailler sur un plan qui ressemble aux vôtres. Pour les plans confidentiels, notre outil gratuit EvMasque permet d’anonymiser le cartouche avant tout échange.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un plan bullé ?
Un plan bullé est un plan de définition sur lequel chaque caractéristique à contrôler (cote, tolérance, cadre de tolérance géométrique, état de surface, note) porte un numéro entouré, la bulle. Ce numéro relie la caractéristique du plan à sa ligne dans le rapport de contrôle ou le rapport FAI.
Faut-il buller le cartouche et les notes pour un FAI ?
Les exigences portées par le cartouche et les notes (tolérances générales, matière, traitements, marquage) doivent être tracées dans le dossier FAI. En pratique, la matière et les procédés spéciaux sont justifiés dans le Form 2 de l’AS9102 / EN 9102, et les autres exigences reçoivent une bulle. La règle exacte dépend de la procédure de votre donneur d’ordre : vérifiez-la avant le premier dossier.
Que deviennent les numéros de bulle quand le plan change d’indice ?
La norme ne fixe pas de règle de renumérotation. La pratique la plus répandue consiste à conserver les numéros des caractéristiques inchangées, à attribuer de nouveaux numéros aux caractéristiques ajoutées et à ne pas réutiliser ceux des caractéristiques supprimées. Seules les caractéristiques modifiées sont alors revérifiées dans une FAI partielle. Alignez-vous sur la procédure de votre client.
Peut-on buller automatiquement un plan PDF scanné ?
Oui, avec un outil de lecture par vision artificielle, qui lit l’image du plan comme le ferait un technicien. Les outils liés à la CAO, eux, ont besoin du fichier natif ou d’un PDF vectoriel exploitable. Dans tous les cas, les cotes proposées doivent être validées par le contrôleur.
Quelle différence entre bullage de contrôle et bullage de nomenclature ?
Le bullage de nomenclature place des repères sur un plan d’ensemble pour identifier chaque composant dans la nomenclature. Le bullage de contrôle numérote les caractéristiques d’une pièce à vérifier. Les deux s’appellent « bullage » en français, mais ne servent pas au même usage et ne relèvent pas des mêmes outils.